Ici La Voix Du Burkina Faso – Mars 2018

« Prendre un enfant par la main »

Quatorzième Chronique

"Prendre un enfant par la main" comme le chantait Yves Duteil dans les années 1970. C'est aussi l'objectif que je me suis fixé, et je suis déterminée à voir mon rêve se réaliser.Dans mon petit village de la brousse burkinabée, je me suis attachée à des garçons et à des filles que je désirerais "emmener vers demain" pour qu'ils aient "confiance en leur pas".

Les filles surtout ont besoin de mon engagement. Car le Burkina est, hélas, l'un des 10 mauvais élèves dans le monde en ce qui concerne l'accès des filles à l'éducation. Elles abandonnent massivement au primaire. Parfois, ce sont les mariages précoces qui les empêchent de continuer leur scolarité. D'autres fois, les jeunes écolières doivent quitter le système scolaire pour aller travailler, car les familles en situation d'extrême pauvreté ne peuvent subvenir aux frais de scolarité.

Ajoutons à cela les nombreux autres obstacles auxquels elles font face : elles doivent souvent marcher plusieurs kilomètres pour se rendre à l'école. Le manque d'enseignants et de manuels scolaires est également un frein à leur scolarisation. Alors oui, je vais faire ce que je peux pour "soulager leurs malheurs".

Un soir, au soleil couchant, en faisant ma marche quotidienne dans la brousse, j'entendis des pleurs d'enfant. Quelques minutes plus tard un groupe me croisa. Je vis l'enfant. Pleurait-il parce que la charge de tiges était trop lourde? Ou bien avait-il reçu une taloche de ses ainés? "Prendre un enfant par le coeur Pour soulager ses malheurs".
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Après l'école, la nuit tombée, c'est la tâche des petites écolières de se rendre au forage et de remplir les jerricans d'eau. Elles vont marcher une demi-heure, dans l'obscurité pour rentrer chez elles. Auront-elles le temps de faire leurs devoirs? " Prendre un enfant par la main Et consoler ses chagrins"
Eric est entré en classe de 2nde (= 10th grade) au mois d'octobre dernier. Son père n'a pas les moyens financiers, mais il s'est néanmoins inscrit dans un lycée privé. Les élèves y sont mieux encadrés que dans le public et les enseignants n'y font pas grève pendant des mois.
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Eric se lève à 4 heures tous les matins et enfourche sa bicyclette pour se rendre à l'école, à travers la brousse, sans éclairage.Les cours commencent à 7 heures. Il est parti, l'estomac vide. Même à midi, il ne prendra pas de déjeuner. Il n'a pas d'argent pour acheter un bol de riz. Mais il est déterminé à réussir. Il travaille dur et il obtient de bonnes notes. Comment ne pas décider d'aider ce jeune, qui est l'espoir de son pays?
About the Author

Bernadette Theisen

Auteur de « Ma petite princesse peule » Membre du Conseil de l'AFSCV