Ici La Voix Du Burkina Faso – Avril 2018

« Qu'évoque, pour vous, le mot "Afrique occidentale" ? »

Quinzième Chronique

Certainement pas des autoroutes de parasols, ni même une jungle luxuriante. Encore moins une mer bleue!  Aujourd'hui, je me propose de vous emmener dans la brousse, celle qui est mon quotidien quand je me rends dans mon petit village burkinabé. Comme un vaisseau fendant les vagues, mon 4X4 fendait un océan de graminées dans la savane.  Et puis, sans prévenir,  il s'arrêta net, en pleine brousse, à 150 km de la première ville.
Une pièce s'était cassée dans la roue, à la montée de la colline et immobilisait le véhicule. Le verdict tomba: le chauffeur devait rester sur place. Mon guide et moi devions rejoindre le campement d'où ils enverraient des secours. Il n'y avait pas de réseau dans la zone. En conséquence, il nous était impossible d'appeler les gens du  campement et de les informer de la situation. Je commençai à marcher le long de l'étroite piste, me frayant un chemin parmi les hautes herbes jaunies de la savane, à l'aide de mes coudes levés devant mon visage.    
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Les graminées me dépassaient d'une bonne tête, me grattouillaient le cou et déposaient des graines dans le col de ma liquette. Je me tordais les chevilles sur le sol inégal. Et j'ai marché, et j'ai grimpé et j'ai trébuché pendant une heure et demie, sous le cagnard impitoyable et triomphant. Pas un brin d'ombre à l'horizon! La sueur ruisselait le long de mon visage et de mon dos.  Ma nuque était trempée et me piquotait. J'étais cramoisie.

Encore une chance, ce n'était pas aujourd'hui  que les lions seraient de sortie. La saison des pluies venait de s'achever et ils n'avaient pas encore besoin de se regrouper autour des mares pour s'abreuver. Moi, qui, quelques heures auparavant, avais été déçue parce qu'aucun félin n'avait daigné venir me saluer, alors que je m'étais levée à l'aube avec l'espoir d'en rencontrer au moins un, j'étais bien heureuse, dans les circonstances actuelles, que le roi des animaux restât là où il était. 

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Sans carburant dans l'estomac, sans petit déjeuner, j'étais exténué . Au bout de 45 minutes de marche forcée sous le soleil, affamée, je sentis mes forces m'abandonner. Et puis Berelle est venue à ma rescousse. J'imaginais ma petite fille de neuf ans, parcourant la brousse, bravant les épineux, pour se rendre à l'école, effectuant un parcours de 40 minutes, quatre fois par jour.  "Si Berelle le fait, je dois pouvoir le faire".  Alors j'avançai comme un automate, ne pensant qu'à mettre un pied l'un devant l'autre, avec l'image de Berelle en tête.  Et enfin, le campement fut en vue.
About the Author

Bernadette Theisen

Auteur de « Ma petite princesse peule » Membre du Conseil de l'AFSCV