Une «nasara*» Au Pays Des Girafes

Bernadette Thiessen @Alliance Française Silicon Valley - Niger, october 2020

Quand ma fille vit cette photo, sa réaction fut: « Tu as eu des ennuis avec la police? !»

Nenni, mais je vais vous raconter l’une de mes journées pleine d’imprévus quand impatiemment je me dirigeais vers le pays des Touareg.

Niamey, mardi 5 h du matin. Le chauffeur et le 4x4 m’attendent devant la porte de l’hôtel Sahel. Un jeune guide touareg de 18 ans est également assis à l’avant du véhicule.

Après des semaines de préparation, de reports, de frustrations, je suis au comble de l’excitation. J’embarque pour un voyage de 900km. Au fil de pistes défoncées, je vais rejoindre la réserve animalière de Gadabedgi au nord-est du Niger. Nous espérons arriver à destination dans la nuit même, donc sans halte . Projet trop présomptueux!

[Je comprendrai plus tard pourquoi dans ce pays, quand vous exposez votre projet de façon péremptoire, votre interlocuteur invariablement vous répondra: » S’il plait à Dieu! »]

La sortie de Niamey

À la sortie de Niamey, arrêt à la barrière. Normal. J’ai l’habitude. Contrôle des papiers.

Mais brusquement , la situation ne fut plus normale du tout! Le policier ayant repéré ma peau blanche, annonça, sans s’adresser à moi:

  • « Elle n’est pas nigérienne ! »
  • “Et alors?” lui repondit mon accompagnant.
  • « Vous ne pouvez pas passer! » rétorqua le policier

 Le choc fut brutal. Mon estomac se révulsa. Je fus sur le point de m’effondrer.

Mon cerveau fut pris dans un tourbillon et revenait sans cesse au souvenir de ces dernières semaines consacrées à des préparatifs méticuleux !

Tous ces efforts seraient-ils réduits à néant? J’avais parcouru 15 000 km le regard pointé sur un objectif et si près du but je devrais renoncer?

La motivation

La motivation suprême de ce long voyage, c’était la livraison au commandant de la réserve animalière, d’un appareil photo avec téléobjectif, d’un GPS et d’une paire de jumelles. Lui et ses collègues « rangers » avaient un grand besoin de cet équipement .

Et on allait m’empêcher de le leur remettre ?

Ce petit matériel avait été l’objet de toute mon attention et de mon inquiétude.

J’avais craint de le perdre lors des incendies qui ravagèrent la Californie et me jetèrent hors de chez moi quelques jours avant mon départ. J’avais été hantée par la phobie que ces objets ne fussent dérobés dans mes bagages à l’aéroport. De plus, cet équipement avait attendu sagement pendant des mois dans ma valise que les frontières s’ouvrissent à nouveau et maintenant il était impatient de remplir sa mission!

Car les services postaux étant inexistants dans ce coin de brousse j’avais assuré la réception du colis et j’allais en assurer la livraison! 

Depuis des semaines je rêvais que j’allais pouvoir contempler les 8 girafes délocalisées depuis le parc de Kourè. Je me demandais comment elles s’étaient adaptées. Et puis, j’avais hâte de rencontrer les gracieuses gazelles Dorcas, celles qui furent rescapées après leur capture par des braconniers et que l’on avait placées dans un enclos. Il était nécessaire qu’elles destressent avant d’être relâchées dans la brousse.

Toutes ces pensées déferlèrent sur moi comme un torrent. Elles se bousculèrent dans ma tête et me donnèrent le tournis . L’émotion me submergea et m’empêcha de penser rationnellement.

  • « Je dois passer ! fut ma réponse»
  • « Et d’abord, pourquoi est-ce qu’on m’interdit de poursuivre mon chemin? »
  • « Madame Theisen, il vous faut une escorte » dit courtoisement le policier qui avait mon passeport en mains
  • « Depuis les événements de Kouré où six jeunes humanitaires français furent massacrés avec leur guide et leur chauffeur par des Djihadistes, les étrangers blancs doivent avoir une garde rapprochée. Les autorités ne veulent prendre aucun risque concernant la sécurité des occidentaux. »

À suivre!

Irritée, mais tout de même soulagée, je rebroussai donc chemin. Le chauffeur pointa le 4x4 vers Niamey.

Huit heures plus tard après avoir visité plusieurs bureaux et ministères, je pouvais enfin prendre la route pour Gadabedgi en compagnie de deux jeunes et charmants policiers armés de Kalachnikov.

Mais le programme était bouleversé. Impossible maintenant de rallier la réserve ce soir. Il nous fallait faire halte à Maradi, Niger.

À suivre !

* Nasara = étrangère, blanche

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